Il n’y a pas qu’en pédiatrie qu’on peut traiter les tout-petits

Il n’y a pas qu’en pédiatrie qu’on peut traiter les tout-petits
Depuis quelques années, les suivis périodiques des enfants se font chez le médecin de famille plutôt que chez le pédiatre

Vision de la pratique pédiatrique en médecine de famille

Guylaine Laguë  a obtenu son diplôme de l’Université de Sherbrooke en 2005 et a effectué sa résidence à l’UMF Estrie. Depuis 2013, elle pratique la médecine de famille au GMF-U de Drummondville. En début de carrière (de 2007 à 2017), elle a choisi de diriger sa pratique vers l’obstétrique. Sa patientèle s’est donc principalement construite autour des femmes enceintes qu’elle suivait, de leurs poupons ainsi que de leur famille élargie. 

Afin de mieux comprendre les rôles et les responsabilités d’un pédiatre et ceux d’un médecin de famille, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Dre Laguë en décembre dernier.

Quelles sont les distinctions entre un pédiatre et un médecin de famille?
Selon Dre Laguë, être médecin de famille, c’est avoir une relation privilégiée avec ses jeunes patients, et ce, avant même que ceux-ci viennent au monde (si on fait du suivi de grossesse). Elle souligne notamment la connaissance qu’elle a de l’environnement et de la famille dans lesquels naîtra et grandira l’enfant. En plus de faire du counseling prénatal, elle peut dessiner un portrait global de la vie de l’enfant tout au long de son développement puisqu’elle suit également ses parents et sa fratrie dans la plupart des cas.

Selon elle, il est important d’être conscient que les rôles du médecin de famille et du pédiatre diffèrent beaucoup, bien que tous deux se partagent une même patientèle.

Depuis quelques années, les suivis périodiques des enfants se font chez le médecin de famille plutôt que chez le pédiatre. Ainsi, dans les cinq premières années de vie du bambin, le médecin de famille a la chance de suivre l’évolution de l’enfant à plusieurs reprises. Les médecins de famille voient davantage des enfants en bonne santé, légèrement malades ou ayant des pathologies assez fréquentes, comme l’asthme, le TDAH et le retard de croissance.

À l’inverse, les pédiatres ont plutôt une expertise similaire à celle des internistes,  c’est-à-dire que les pathologies vues en pédiatrie sont souvent plus graves et plus complexes que celles qui sont suivies au bureau du médecin de famille. Il peut s’agir, par exemple, d’hospitalisations, de situations urgentes ou de suivis de maladies graves.

Dre Laguë, à la blague, résume bien la différence : « Nous suivons les enfants en bonne santé, jusqu’à ce qu’ils fassent la démonstration qu’ils sont malades. À l’inverse, les pédiatres voient des enfants malades, jusqu’à ce que ceux-ci démontrent qu’ils sont en bonne santé ».

Comment est-il possible de diriger sa pratique vers la pédiatrie?
Après les deux années de résidence en médecine de famille, il n’existe pas de programmes de compétences avancées en pédiatrie (R3). Il existe cependant un programme de santé maternelle et fœtale offert à l’Université McGill qui couvre des objectifs plus larges chez le jeune enfant que les programmes R2B de périnatalité. Selon Dre Laguë, il est facile de se construire une patientèle majoritairement pédiatrique en effectuant des suivis de grossesse. En effet, une fois que la patiente du médecin a accouché de l’enfant, ce dernier devient presque dans tous les cas un patient du médecin traitant. Bien que Dre Laguë ait cessé l’obstétrique depuis deux ans, elle estime qu’environ le tiers de sa patientèle est actuellement âgé de moins de 15 ans.

Pourquoi choisir la médecine de famille plutôt que la pédiatrie?
L’un des grands avantages de la médecine de famille est qu’il est possible de moduler son horaire en fonction de ses intérêts et de ses priorités. C’est le cas de Dre Laguë qui a cessé de pratiquer en obstétrique en 2017 pour avoir un horaire plus facile à concilier avec sa vie de famille et ses autres défis professionnels. Il est également possible de varier sa pratique et de faire un peu de tout! Par exemple, un même médecin pourrait entamer sa pratique en urgence ou en obstétrique, faire de l’hospitalisation, de la réadaptation, puis du suivi en bureau.

En demandant à Dre Laguë ce qui l’avait poussée à choisir la médecine de famille, elle m’a répondu qu’au cours de son externat, elle aimait absolument tous ses stages. Au moment de postuler pour la résidence, elle était alors incapable de s’arrêter sur un certain type de patient ou de pathologie et se voyait très mal faire la même chose toute sa vie. La médecine de famille semblait donc la meilleure option pour pouvoir faire de tout! Elle était aussi très allumée à l’idée de développer un lien avec ses patients à travers les années et par le biais de suivis périodiques.

Finalement, Dre Laguë apprécie grandement le fait que le suivi médical se poursuit au-delà des 18 ans de l’enfant chez le médecin de famille. Elle souligne d’ailleurs qu’elle a eu la chance de faire accoucher certaines de ses patientes qui étaient adolescentes lors de ses débuts dans la pratique médicale et qu’elle suit également des familles qui vont jusqu’à quatre générations.

Message à ceux qui hésitent entre la pédiatrie et la médecine de famille…
« Il faut le voir comme deux domaines très différents. La pédiatrie est de la médecine interne pour les enfants; il faut donc s’intéresser aux pathologies rares et complexes. Toutefois, si c’est le fait de travailler au quotidien avec des enfants qui vous intéresse, vous risquez d’être plus satisfaits en médecine de famille! Il s’agit de deux regards et de deux contacts très différents, avec la même patientèle, mais ça ne se ressemble pas tant que ça. Selon moi, la médecine de famille offre le meilleur des deux mondes et je crois que j’ai choisi la plus belle des spécialités! »     

 Alycia Therrien, promotion 2022, Université de Sherbrooke
Coprésidente du GIMF de l’Université de Sherbrooke


En prime, visionnez le portrait du quotidien de Dre Laguë produit par la FMOQ en 2010 dans le cadre de sa campagne de sensibilisation, Québécois sans médecin de famille.

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