Ç’a commencé avec une cocotte

Ç’a commencé avec une cocotte

Tout sauf des carottes rassemble des recettes faciles à préparer qui s’adressent à toute personne qui aime manger, mais aussi aux personnes qui souhaitent intégrer des plats entièrement conçus d’aliments d’origine végétale à leur alimentation ou se diriger vers une alimentation végane à temps plein. Tous les plats sont pensés, préparés, photographiés et mis à l’essai dans ma cuisine à l’aide 1) de ma fidèle Moffat 1952; 2) d’équipement de cuisine de tous les jours, à l’exception d’un mélangeur haute vitesse (indispensable) et d’un coupe-spirales As seen on TV (complètement inutile); 3) de ma vaillante caméra; et 4) d’une poignée de gouteurs professionnels qui adorent leur métier.

Version courte
Ç’a commencé à germer avec Cocotte, une perruche qui aimait discuter avec un miroir et une belle épagneule blonde et sensible, suivie d’une dalmatienne pleine d’énergie, en passant par des chats, plusieurs chats. Ça s’est poursuivi avec le temps passé à m’étourdir à regarder des poissons tourner en rond dans des aquariums. Peut-être aussi avec l’iguane, la tarentule et la tortue de ces amis qui ont eu la curiosité de se lancer dans l’exotique. Les autres animaux, ceux que l’on mange surtout, je les ai connus dans des livres d’images et sur une ferme à Rougemont. Ils étaient tous tendres, intelligents et plein d’humour.

[Colin, dite la reine]
Bœuf Stroganoff de mon cœur
Depuis ce jour béni où ma mère l’a préparé pour nous, j’ai adoré ce plat. Je l’aimais tellement qu’il est devenu mon repas d’anniversaire; tous les quatre‑septembre, j’avais droit à des lanières de bœuf provenant des restes d’un rôti cuit longuement la veille, sautées dans du beurre avec des boutons de champignons, le tout enrobé de crème sure et versé sur des pâtes aux œufs, puis fini avec des légumes (une brindille de persil pout tout dire). Ce Stroganoff était préparé chaque année avec une telle affection, il était si crémeux et salé et doux qu’il faisait dilater mes pupilles. Et puisque nous étions cinq, il y avait aussi le bœuf bourguignon pour mon père, le poulet à l’ananas pour mon frère et les langoustines au beurre pour ma sœur. Ma mère, quant à elle, raffolait des brunchs comprenant des œufs, du bacon et des crêpes au sirop, accompagnés d’un petit sherry, qu’elle prononçait chéré en roulant bien le R. Les anniversaires se célébraient autour d’une bouffe, comme tant de familles et autant de cultures; il était question de passer un bon moment ensemble et jamais je n’aurais pu prévoir que je troquerais éventuellement des plats de mon enfance pour des légumes, des fèves et du tofu.

Ça s’est concrétisé lorsque j’ai appris ce qu’on faisait aux animaux, aux rivières, aux océans et aux forêts, tous voués au malheureux sort de nous nourrir. Ces moments en famille, nés de la bonne foi de mes parents et de leur propre histoire, ne collaient plus avec l’industrialisation, la manipulation et la commercialisation de la chair animale et de ses dérivés, ne collaient plus avec le mode de vie de mes grands-parents qui chassaient et mangeaient de grands gibiers tués la veille pour passer l’hiver et qui faisaient sécher la peau des plus petits dans la salle de bain. J’avais envie de retrouver le plaisir de me nourrir sans que chaque assiette m’enveloppe d’un mal-être qui raconte une histoire triste, souvent violente et profondément décevante.

J’ai alors voulu créer de nouveaux rituels. Je me suis lancée dans la cuisine végétalienne sans transition ni filet et elle m’a permis de me réconcilier avec beaucoup de choses et éventuellement avec moi-même. Et c’est là que j’ai démarré ce projet, encouragée par ma sœur, une superbe extraterrestre à la voix douce qui déteste profondément les carottes.

Catheline



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